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Habiter les bureaux
Dans les grandes villes, certains bâtiments sont désertés tandis que les habitants, eux, peinent à trouver un toit. En France, 9 millions de mètres carrés de bureaux restent inoccupés ; certains depuis si longtemps qu’ils ne figurent même plus dans les statistiques d’activité. À La Défense, la vacance dépasse les 15 % dans certains bâtiments. Dans le même temps, 4,1 millions de personnes vivent dans un logement trop petit, trop cher ou provisoire. Deux réalités paradoxales. Alors, la ville tente une autre manière de faire. Voilà qu’on redonne une chance aux bureaux fantômes, ces plateaux qui avaient été dessinés pour optimiser des flux plutôt que pour accueillir des familles. Elle doit composer avec ce qui est déjà là. L’urgence devient moteur. Le secteur de la construction sait depuis longtemps qu’un bâtiment peut changer de destination sans être détruit. Ce qui change aujourd’hui, ce n’est pas la règle, mais son usage. Sous l’effet conjugué de la vacance tertiaire, de la crise du logement et des contraintes foncières, les cadres existants sont activés. À Paris, La Défense, Lyon ou Strasbourg, des opérations de référence ont ouvert la voie. Transformer coûte souvent plus cher que construire neuf (environ 30 % de plus) et impose de composer avec la structure existante, la lumière, les volumes. Mais ces projets ont d’autres bénéfices : moins de foncier consommé, moins de béton, baisse de l’empreinte carbone et valorisation de bâtiments obsolètes dans des quartiers qui se renouvellent sans repartir de zéro. Rendre habitables des volumes standardisés, composer avec la structure existante, apprivoiser la lumière, inventer des seuils, des respirations, ce n’est pas aussi simple que de partir de la page blanche. L’architecture intérieure devient une pratique de juste mesure : faire naître du confort dans un espace pensé pour la productivité. Ce mouvement raconte quelque chose de notre époque. Une ville qui cesse d’opposer travail et habitat. Une ville qui valorise l’existant, attentive à sa propre matière. Une ville qui apprend qu’un bâtiment peut (doit ?) changer de destinée aussi vite que les usages qui l’entourent.
© Adobe Stock - Chantier du quartier de la Part-Dieu à Lyon
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