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Restau solo
Manger seul au restaurant devient une pratique de plus en plus courante. En Europe occidentale, les clients seuls représentent 15,6 % des visites dans les restaurants avec service à table. C’est près d’une visite sur six, contre 9,4 % en 2016, selon Circana. Et il ne s’agit pas que de voyageurs ou de salariés pressés. Pour certains, manger seul permet de choisir son horaire, son rythme, son restaurant et le temps consacré au repas, sans avoir à s’accorder avec quelqu’un. Pourtant, le restaurant a longtemps été pensé autour d’une unité très simple : être deux ! Même seul, le client se retrouvait ainsi à une table prévue pour deux, avec une chaise vide en face (une place perdue…) L’aménagement peut alors donner le sentiment qu’il manque quelqu’un. L’enjeu n’est alors pas de créer un coin réservé aux personnes seules, mais de proposer une autre manière d’être seul parmi les autres. C’est ainsi que se sont développées les places au comptoir. Certains « bristro-comptoirs » vont encore plus loin : chez eux, on ne réserve plus une table, on réserve une place au comptoir. À The Table, à Édimbourg, dix convives prennent place autour d’une même table face aux cuisiniers : la réservation pour une personne y est la plus demandée. Au-delà du comptoir, c’est toute la composition de la salle qui est interrogée : le mobilier, l’orientation des assises, les vues, les circulations, les distances, la lumière ou encore l’acoustique déterminent la manière dont une personne seule se sent exposée, protégée ou reliée aux autres. L’architecture intérieure peut ainsi créer différents degrés de présence, sans imposer ni l’isolement ni la conversation. Le restaurant n’est plus seulement organisé autour de tables à remplir, mais autour de façons différentes d’occuper le même espace. À mesure que les usages s’individualisent, la sociabilité change elle aussi d’unité de mesure.
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